Je lui tiens compagnie
Depuis plus d'un an et demi,
Elle est drôle et très gentille
Avec son attitude de petite fille.
Elle vit en appartement avec sa fille ainée,
Qui travaille les dimanches et jours fériés,
Alors que faire seule, toute la journée?
Attendre le retour de son enfant tant aimé.
Levée, habillée, prête pour 9h du matin,
Elle attend l'infirmière pour chaque soin.
Sa fille quitte le foyer aux aurores,
Elle se retrouve à ne rien faire et s'endort.
Je n'apparais que pour lui tenir compagnie
Les samedis et dimanches après-midis,
Et quelquefois les matins et soirs,
Mais je ne rentre jamais bien tard.
Elle et moi nous entendons très bien,
Nous discutons souvent de tout et de rien,
Nous nous soutenons main dans la main,
Nous avons tout simplement établi un lien.
Elle me parle de ses père et frère perdus
Qui hélas, durant la guerre n'ont pas survécu;
Et, quand ses yeux rougissent d'émotions,
Je dis: "Ils sont sûrement mieux là où ils sont."
Elle me répond: "Ce sera bientôt mon tour",
A quoi je réplique "Profitez de chaque jour!".
Elle me regarde longuement et me sourit
Ce qui vaut pour moi le plus grand des Merci.
Mais ma présence de temps en temps
N'est pas comparable aux moments
Qu'elle passe avec ses grands enfants.
Malheureusement, elle est seule à présent.
Je comprends que cette situation l'ai touchée,
Moi-même je crois que je ne pourrais le supporter.
Alors, un jour elle a probablement dû en avoir assez.
Et comme une petite fille, a reussi à se faire remarquer.
Grande consommatrice de café et de vin,
Un jour pourtant, elle dit n'avoir plus faim.
Son appétit se serait effondré, parti en fumée.
Elle n'avala désormais plus aucune bouchée.
Seulement pour une femme âgée de 93 ans,
Tomber à 36 kilos, c'est rudement inquiétant!
Elle qui avait déjà d'autres nombreux soucis,
Celui-là vînt se refléter sur son corps meurtri.
Elle faisait de la rétention d'eau,
Ses jambes étaient de réels poteaux;
Et sur le reste de son corps, loin du Beau
Il n'y a encore aujourd'hui que "la peau et les os".
C'est cette vieillesse qui me terrifie,
Elle vit mais allonge chacune de ses nuits.
Elle est capable de manger,
Mais grâce à l'aide d'un dentier.
Elle est capable de marcher,
Mais a besoin d'être épaulée;
Elle peut même parler et écouter,
Mais le son doit être amplifié.
Elle ne peut plus du tout sortir
On craint qu'elle ne chavire;
Son visage extrêmement ridé,
Laisse penser qu'elle est épuisée,
Et sa peau entièrement plissée,
Laisse entrevoir un corps tout fripé.
Malgré tout, c'est comme ca, je l'apprécie,
Elle est à mes yeux, une troisième mamie.
Je serai sûrement comme cela dans quelques années,
Laide, vieillie, édentée, agonisante, amorphe et ratatinée,
Mais si j'avais sa force, son expérience, sa vie menée,
Ce serait pour moi, un cadeau que le ciel me ferait.
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